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15 juillet 2020

Marilynn Rubayika

Conseillère juridique volontaire

 

Le monde est un très très grand village.

 

Petite, ma mère me répétait un proverbe qui à son tour lui avait été incessamment répété par son père : umwana utazi mara ntacyo azimarira. Un jour, pendant que je travaillais au Mali comme conseillère juridique volontaire auprès de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR), je discutais avec le chef de l’Unité d’Enquête de la CVJR, Dr Brema Ely Dicko. Lors de cette discussion, j’ai découvert que ce proverbe de mon enfance avait aussi son écho dans sa culture. On dit, chez les Peuls « rafi diandè yò motè ». Bien que différents, les deux proverbes ont un même message : l’absence d’éducation est un mal dont on ne peut pas se défaire.

 

Les maux des enfants du Mali sont nombreux. La déstabilisation des institutions par le coup d’État de 2012 et le conflit armé qui perdure dans le nord malgré l’Accord pour la paix et réconciliation de 2015 et s’étale jusqu’au centre avec les groupes djihadistes, exacerbant la vulnérabilité des enfants. Ils perdent, dans les nombreuses attaques, les leurs, leur qualité de vie et l’accès à l’éducation.

 

J’ai discuté avec le Dr Dicko de l’impact de cette crise sur l’éducation des enfants. Il se dit lui-même préoccupé par leur avenir. Au fil des années, nombreux ont été déscolarisés et, pour certains, enrôlés au sein de groupes armés djihadistes. Les conséquences de la déscolarisation sont multiples et peuvent être vécues de différentes façons.

 

La déscolarisation qui nourrit les mariages précoces

 

 

Dr Brema Ely Dicko

 

«Garder les filles à la maison permettait de contrôler leur sexualité. Les parents se disaient qu’en la gardant à la maison, ils pourraient la marier tôt et éviter qu’elle puisse connaître d’autres hommes, notamment ceux rencontrés à l’école. Plus tard, on a entamé des sensibilisations pour expliquer à nos communautés que le plus important était d’outiller ses filles pour leur donner une certaine autonomie et leur éviter de dépendre d’un homme. On tente d’expliquer que, dans certains cas, placer les filles à l’école est la meilleure manière de les protéger contre les violences sexuelles.»

 

Brema Ely Dicko

 

Le Dr Dicko m’a décrit la situation actuelle de certaines de ces jeunes filles. À Tombouctou, il y a des fractions complètes occupées par les djihadistes où les filles de 13 – 14 ans doivent se marier. Les familles n’ont pas le choix de permettre ces mariages même lorsqu’elles auraient préféré une différente réalité pour leurs filles. Au centre du pays, les mariages précoces constituaient un phénomène déjà répandu, et ce, avant la crise. Aujourd’hui, avec le nombre d’écoles qui sont désormais fermées, les familles démunies ont de moins en moins de réticence à donner leurs jeunes filles en mariage.

 

Il ne s’agit là malheureusement d’un impact parmi tant d’autres de la déscolarisation sur les enfants du Mali. Les défis y sont grands et le travail afin de résorber la situation l’est tout autant. Mais comme le dit un adage appris lors de mon mandat: celui qui n’a pas souffert au soleil n’aura pas d’ombre.

 

Les positions émises dans ce texte ne sont pas celles de la CVJR, mais d’un membre. Elles n’engagent que lui. 

 

Sur l’auteur

 

Par Marilynn Rubayika, conseillère juridique volontaire au Mali dans le cadre du projet « Stabilisation du Mali avec la Commission Vérité, Justice et Réconciliation ».