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« Retour à la liste Publié par Avocats sans frontières Canada
le 27 juin 2017

Pour une justice préventive et participative en médiation familiale

Me Marie-Claire Belleau est professeure titulaire à la faculté de droit de l’Université Laval. Elle est formée à la médiation et pratique cette forme d’intervention dans plusieurs domaines dont la famille, le milieu du travail, le sport et les petites créances. Ella a dirigé plusieurs projets de recherche en matière de prévention et de règlement des différends (PRD). 

 

 

Par Me Marie-Claire Belleau, coopérante volontaire

Entre le 1er et le 9 juin dernier, je suis allée à Bamako, au Mali, pour offrir une formation intitulée « La médiation familiale au service des justiciables pour la cohésion sociale ». Cette formation était divisée en deux rencontres, qui se sont tenu chacune sur deux jours et qui ont été présentées à deux groupes d’environ 25 personnes. 

J’ai offert la formation à titre de conseillère juridique volontaire pour Avocats Sans Frontières Canada (ASFC) dans le cadre du volet Aide Juridique/Assistance Judiciaire (AJAJ) du projet Justice, Prévention, Réconciliation (JUPREC). 

L’initiative de cette mission venait des AJAJ qui intervenaient informellement sur le terrain souvent à titre de médiatrices et de médiateurs. Les AJAJ avaient communiqué aux responsables de JUPREC le désir de mieux connaître les fondements, le processus, les techniques et les stratégies de la médiation afin d’améliorer leurs pratiques d’intervention.


Une occasion à ne pas manquer


Je suis professeure titulaire à la faculté de droit de l’Université Laval. Depuis 2001, je me suis formée à la médiation et je pratique cette forme d’intervention dans plusieurs domaines dont la famille, le milieu du travail, le sport et les petites créances. J’ai dirigé plusieurs projets de recherche en matière de prévention et de règlement des différends (PRD) principalement dans un souci – voire une obsession – d’amélioration de l’accès à la justice. Je milite en faveur de la justice participative, une approche préventive qui favorise la participation des citoyennes et des citoyens à la résolution de leurs différends.

À la mi-mai 2017, ASFC a communiqué avec moi pour connaître mon intérêt pour réaliser la mission demandée par les AJAJ. Enfant, j’ai eu la chance de vivre au Nigéria, une expérience qui a eu un effet déterminant dans ma vie en faisant de l’Afrique un continent cher à mon cœur. Plus récemment, j’ai eu le privilège d’enseigner la médiation civile et commerciale au Burkina Faso dans le cadre d’une mission financée par la Société financière internationale (IFC) de la Banque mondiale. J’ai toujours recherché la possibilité de retourner en Afrique. L’invitation était d’autant plus attrayante que la mission s’inscrivait dans la perspective préventive, participative et informelle que je prône afin de favoriser l’accès à la justice.

 

Avoir la chance de contribuer au devenir d’une société


La formation touchait le cœur de la structure sociale malienne ainsi que les enjeux, souvent sensibles, qui préoccupent tous les membres de cette société. Elle réunissait des praticiens du terrain qui étaient issus de différents milieux tels que des autorités traditionnelles (chefs de clans, Imam, griots et des femmes plus âgées dont la sagesse et l’ascendant étaient reconnus), des avocats, des magistrats, des membres d’ONG, ainsi que des personnes associées au projet JUPREC soit par le biais des volets AJAJ, du dialogue social, de la violence basée sur le genre ou la justice transitionnelle.

Les participantes et les participants provenaient de plusieurs régions du Mali dont Gao et Tombouctou. Nous avons beaucoup profité de la richesse expérientielle de ces hommes et de ces femmes de tout âge par le biais d’ateliers de partage de bonnes pratiques, de techniques et de stratégies en alliant aux approches de médiation traditionnelle malienne les façons de faire québécoises.

La formation a souvent servi à rationaliser des pratiques existantes souvent utilisées naturellement par les intervenants dans leurs milieux respectifs. De plus, elle a permis d’ajouter de nouveaux outils en explicitant les fondements et le processus mais aussi des techniques et des stratégies utiles à la médiation.

 

Être témoin de tensions bien palpables


Les rapports de genre hommes-femmes soulèvent des conversations intergénérationnelles souvent difficiles. Plusieurs coutumes ancestrales reliées notamment aux mariages arrangés (souvent en jeune âge), à l’autorité du mari dans une société profondément patriarcale et aux rapports interfamiliaux de parentés entières dans lesquels les couples évoluent ont coloré les discussions maintes fois houleuses entre les participantes et les participants. 

Par exemple, lors de discussions particulièrement vives portant sur la pertinence d’intervenir en médiation dans un contexte de violence conjugale, un chef a pris la parole en baissant instinctivement sa voix, avec un ton calme et bas, qui a immédiatement eu pour effet d’apaiser les débats et de permettre des dialogues respectueux et constructifs. Cette expérience nous a permis de constater jusqu’à quel point le langage non verbal (gestes, positions du corps, expressions du visage, contacts visuels) et paraverbal (ton, vitesse, sonorité, pause, soupirs) transmet de l’information sur le message et agit sur l’auditoire. 

Les possibilités comme les limites des interventions en médiation, lorsqu’il y a violence conjugale, posent également des dilemmes fondamentaux dans un contexte où la justice formelle demeure inaccessible et où les pressions sociales pour gérer les conflits au sein de la famille, voire de la parenté entendue au sens large, se font insistantes et souvent incontournables. 

Le Code des personnes et de la famille malien témoigne bien, enfin, des tensions actuelles qui opposent une vision traditionnelle des rapports familiaux à une volonté de modernisation qui cherche à s’implanter davantage au sein cette société. Dans ce contexte, l’inégalité de genre, qui s’ajoute à la précarité économique et sociale des femmes maliennes, se ressent avec acuité.

 

Être bien accueillie, ça n’a pas de prix


J’aimerais remercier Oumou Bolly Diallo, responsable du volet AJAJ du projet JUPREC qui a dirigé la mission, ainsi que Lilya Benhabib et Jihane Chikhi, deux conseillères juridiques volontaires du volet AJAJ. Ces trois complices ont été impeccables et ont fait preuve d’une rare efficacité, tant pour nous conseiller au niveau du contenu des formations que pour s’occuper de l’organisation et des aspects logistiques. L’appui de Noumoussa Samake, un magistrat malien recruté comme consultant national, a également fait toute une différence afin de mener cette formation à terme.

J’ai beaucoup appris tant de la vaste expérience des participantes et des participants que des membres de l’équipe du projet JUPREC. J’ai été impressionnée par leur soif d’apprendre, leur ouverture d’esprit et le besoin de poser des gestes concrets pour améliorer le sort des femmes maliennes afin de leur donner une voix et d’améliorer leur accès à la justice. Ce fut un honneur pour moi d’agir comme conseillère juridique volontaire pour Avocats Sans Frontières Canada, une organisation que j’admire de loin depuis longtemps.

Cet honneur fut d’autant plus grand qu’il s’agissait d’une mission qui s’inscrit dans une perspective de prévention et de justice participative et informelle, de même que des approches fondées sur l’empowerment des personnes en conflit dans la détermination de solutions sur mesure et viables.

Je forme le vœu de pouvoir m’associer de nouveau à Avocats Sans Frontières pour contribuer, à ma modeste façon, à favoriser la prévention et la participation des personnes aux prises avec des différends.
 

Sujets : JUPREC MALI
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